Contes et légendes

Conte breton : " La reine des Korrigans "
Il était une fois un pauvre pêcheur qui s'appelait Perig Cavalec. Il demeurait en haut d'une falaise surplombant la mer.
Ce soir-là, il faisait mauvais temps. Perig, assis au coin de la cheminée, mangeait une bonne soupe au lard avec quelques tartines de pain beurré.
Tout à coup on frappa. Perig alla ouvrir la porte. Une vieille femme, toute ruisselante, vêtue de guenilles entra.
Le pauvre pêcheur l'invita à s'approcher du feu et à partager sa nourriture. La pauvresse but sa soupe avec appétit. Alors, elle lui dit qu'elle était la reine des korrigans. Pour le récompenser de sa bonté, elle l'invita dans son palais au pied de la falaise. Elle lui dit d'apporter trois sacs. A minuit pile, Perig entrait dans la grotte des Korrigans.
Dans une grande salle toute illuminée dansaient des centaines de Korrigans habillés de rouge. Le pêcheur fut entrainé par les lutins dans une ronde interminable. Perig aperçut des coffres emplis d'or.
La reine lui dit qu'il pouvait en prendre autant qu'il voulait à condition de partir avant le chant du coq.
Il mangea, dansa toute la nuit. Quand le soleil commença à se lever, il se précipita pour remplir ses sacs d'or.
Soudain, le chant du coq retentit. Perig courut vers la sortie. Il avait trop attendu : Lorsqu'il arriva chez lui, il ouvrit ses sacs et constata que son trésor s'était transformé en cendres. Perig était désolé.
A la tombée de la nuit, la reine des Korrigans revint le voir. Elle eut pitié de lui. Elle lui offrit un plat magique, en terre, qui se remplirait de nourriture à chaque fois qu'on le désirerait.
Perig Cavalec conserva le plat en terre toute sa vie durant et ainsi, il n'eut plus jamais faim.

Conte oral : "Il était une fois trois arbres..."
Il était une fois, sur une montagne, trois arbres qui partageaient leurs rêves et leurs espoirs.
Le premier dit: «Je voudrais être un coffre au trésor, richement décoré, rempli d'or et de pierres précieuses. Ainsi tout le monde verrait ma beauté».
Le deuxième arbre s'écria: «Un jour, je serai un bateau solide et puissant, et je transporterai les reines et les rois à l'autre bout du monde. Tout le monde se sentira en sécurité à mon bord».
Le troisième arbre dit: «Je veux devenir le plus grand et le plus fort des arbres de la forêt. Les gens me verront au sommet de la colline, ils penseront au ciel et à Dieu, et à ma proximité avec eux; je serai le plus grand arbre de tous les temps et les gens ne m'oublieront jamais».
Les trois arbres prièrent pendant plusieurs années pour que leurs rêves se réalisent. Et un jour, survinrent trois bûcherons.
L'un d'eux s'approcha du premier arbre et dit: «Cet arbre m'a l'air solide, je pourrais le vendre à un charpentier». Et il lui donna un premier coup de hache.
L'arbre était content, parce qu'il était sûr que le charpentier le transformerait en coffre au trésor.
Le second bûcheron dit en voyant le second arbre: «Cet arbre m'a l'air solide et fort, je devrais pouvoir le vendre au constructeur de bateaux».
Le second arbre se réjouissait de pouvoir bientôt commencer sa carrière sur les océans.
Lorsque les bûcherons s'approchèrent du troisième arbre, celui-ci fut effrayé, car il savait que si on le coupait, ses rêves de grandeur seraient réduits à néant.
L'un des bûcherons s'écria alors: «Je n'ai pas besoin d'un arbre spécial, alors, je vais prendre celui-là». Et le troisième arbre tomba.
Lorsque le premier arbre arriva chez le charpentier, il fut transformé en une simple mangeoire pour les animaux. On l'installa dans une étable et on le remplit de foin. Ce n'était pas du tout la réponse à sa prière.
Le second arbre qui rêvait de transporter des rois sur les océans, fut transformé en barque de pêche. Ses rêves de puissance s'évanouirent.
Le troisième arbre fut débité en larges pièces de bois, et abandonné dans un coin.
Les années passèrent et les arbres oublièrent leurs rêves passés.
Puis un jour, un homme et une femme arrivèrent à l'étable. La jeune femme donna naissance à un bébé et le couple l'installa dans la mangeoire qui avait été fabriquée avec le premier arbre. L'homme aurait voulu offrir un berceau pour le bébé, mais cette mangeoire ferait l'affaire. L'arbre comprit alors l'importance de l'événement qu'il était en train de vivre, et su qu'il contenait le trésor le plus précieux de tous les temps.
Des années plus tard, un groupe d'hommes monta dans la barque fabriquée avec le bois du second arbre; l'un d'eux était fatigué et s'endormit. Une tempête terrible se leva, et l'arbre craignit de ne pas être assez fort pour garder tout son équipage en sécurité. Les hommes réveillèrent alors celui qui s'était endormi; il se leva et dit : «Paix!» Et la tempête s'arrêta. À ce moment , l'arbre sut qu'il avait transporté le Roi des rois.
Enfin, quelqu'un alla chercher le troisième arbre oublié dans un coin; il fut transporté à travers les rues, et l'homme qui le portait se faisait insulter par la foule. Cet homme fut cloué sur les pièces de bois élevées en croix, et mourut au sommet de la colline. Lorsque le dimanche arriva, l'arbre réalisa qu'il avait été assez fort pour se tenir au sommet de la colline et être aussi proche de Dieu que possible, car Jésus avait été crucifié à son bois.
Chacun des trois arbres a eu ce dont il rêvait, mais d'une manière différente, de ce qu'ils imaginaient.
Nous ne savons pas toujours quels sont les plans de Dieu pour nous.
Nous savons simplement que ses voies ne sont pas les nôtres, mais qu'elles sont toujours meilleures si nous lui faisons confiance.
Conte africain : " La queue des animaux "
Jadis, les animaux n'avaient pas de queue. Le cheval ne pouvait pas chasser les mouches, l'écureuil sans queue avait du mal à sauter de branche en branche, le renard était bien moins beau et ne parlons pas du lion !
Le sage roi des animaux, le lion, prit la décision de remédier à cette situation. Il réfléchit pendant longtemps à la façon dont il allait s'y prendre et à la fin, il fit appeler le renard pour lui demander conseil.
«Tous les animaux ne peuvent pas avoir la même queue», estima le renard.
«Je sais cela, moi aussi», répondit le lion. «Mais comment départager les animaux sans se montrer injuste ?»
Le renard réfléchit un instant, puis déclara : «C'est simple. Ceux qui arriveront les premiers recevront les plus belles queues.»
Le lion acquiesça : «C'est une excellente idée. Cours vite dans la forêt et préviens tous les animaux qu'ils doivent se présenter à midi, au bord du ruisseau, pour la distribution des queues.»
Le renard transmit le message et courut vite vers le ruisseau pour arriver le premier. Il fut suivi de prés par le cheval, l'écureuil, le chat et le chien qui arrivent toujours les premiers quand on distribue quelque chose. Vinrent ensuite les autres animaux : l'éléphant, le cochon et le lièvre se présentérent les derniers.
Lorsque tous les animaux furent réunis dans la clairière, le lion se mit à distribuer les queues. Il se servit d'abord lui-même : ce fut une superbe queue, longue et dorée, terminée par un plumeau. Ensuite, le lion attribua de très belles queues bien touffues au renard et à l'écureuil. Le cheval opta pour une magnifique queue en crin. Le chien et le chat reçurent encore des queues fort présentables, mais les animaux qui arrivèrent les derniers, se trouvèrent bien démunis.
L'éléphant eut une maigre cordelette avec quelques soies au bout. Il en fut si navré qu'il en porte aujourd'hui encore la trompe basse. La queue du cochon était fine comme un ver de terre. Il la fit boucler pour la rendre plus jolie. Le pauvre lièvre resta sans queue. Le chien et le chat commencèrent à se disputer pour savoir lequel d'entre eux avait la plus belle queue.
A la fin, le chien attrapa le chat et lui arracha d'un coup de dents l'extrémité de la queue. Le chat s'enfuit dans l'arbre et depuis ce jour, il préfère se sauver devant le chien. Le lièvre ramassa le bout de la queue du chat et le colla sur son derrière. Ceci explique pourquoi la queue des lièvres est si petite.

Conte Maya : " La chose de l'Arbre "
Au commencement était Che l'Arbre sacré que les Anciens nommaient Te. Puis vint l'animal. Baalche, dont le nom désignait aussi l'homme, la Chose de l'Arbre. On disait de l'être humain qu'il était né du fromager ceiba, que son sang était sa sève et que, traversé par l'Arbre, il voyait l'oiseau de l'Esprit dans ses branches. Fait pour être éveillé par Che, il vivait naturellement avec les animaux.
Or un jour l'homme cacha son visage et songea tristement oubliant qu'il était né de l'Arbre et de la Voie lactée. Il fut envahi d'un trouble d'incomplétude. Les oiseaux avaient beau chanter, la forêt offrir ses fruits exquis, il était affligé, saisi par le manque. Les animaux, sensibles à ce changement, s'approchèrent et lui dirent qu'ils n'aimaient pas voir le Fils de Che absorbé dans sa peine.
- Quelle que soit ta tristesse, nous pouvons t'aider, demande-nous tout ce que tu voudras, frère.
L'Homme releva la tête, l'œil plus vif.
_ J'aimerais voir mieux, si vous voulez m'aider, trouvez-moi de bons yeux.
Le vautour qui préside au renouveau et incarne l'abondance leva le bac.
- Voici mes yeux, mon frère.
Et l'homme, ragaillardi, se redressa un peu, scruta l'horizon.
-Je voudrais être aussi fort qu'une montagne, puissant le jour comme la nuit…
Le jaguar s'approcha.
Voici ma force, frère.
-…Et aussi maîtriser le feu.
La chauve-souris voleta autour de l'homme en criant.
- Ton vœu est exaucé.
Et l'homme se leva d'un bond.
- Je veux la connaissance, je veux apprendre tous les secrets !
Le serpent glissa jusqu'à ses pieds.
- Suis-moi, je te montrerai des choses inouïes !
Et l'homme réclama tous les talents qu'il voulait posséder, reçut le dos puissant du crocodile, les écailles-lune de la tortue, les dons artistiques du singe…
Quand tout fut distribué, le chevreuil se mit devant le soleil et sourit.
- Maintenant que l'homme est plein comme un astre, il n'a plus de raison d'être triste.
Mais le hibou cligna des yeux et sa voix remplit la nuit.
- Certes, l'homme a hérité des pouvoirs agrégés du grand cercle des bêtes, il peut beaucoup, mais une chose me fait peur : il est insatiable et sa tristesse reviendra. J'ai vu en lui un abîme sans fond. Il va sans vergogne s'emparer de tout, prendre et reprendre encore, se saisir des semences et des fruits sans rien offrir, jusqu'à ce qu'un jour la terre n'ait plus rien à donner et que l'Arbre meure.
Alors le serpent dit :
- S'il se souvient à temps qu'il est lui-même la chose inouïe, frère de l'animal, de la pierre, et Fils de l'Arbre, il donnera à son tour ce qu'il possède et il déposera l'oiseau de l'Esprit dans ses branches.
Et chaque animal pria pour que les bons yeux, la force et tous les dons du Fils de l'Arbre lui soient utiles le moment venu : pour qu'il devienne plus conscient afin qu'il soit comme un H'men, un chaman qui comprend et agit sagement, jusqu'à atteindre l'état de K'uatzal.
"Nous sommes les enfants du Soleil, nous sommes les enfants du temps et nous sommes les voyageurs de l'espace. Puissent tous les chants s'éveiller, puissent tous les danseurs s'éveiller…tous les hommes et toutes les choses vivrent en paix. Car vous êtes les vallées, vous êtes les montagnes, vous êtes les arbres et vous êtes l'air même que vous respirez."
Grand-Père don Alejandro Cirilo Perez Oxlaj, dit Loup-Errant.